
Cyrano de Bergerac
Literary / 1619–1655
Literary figure of wit and hidden insecurity — the courage (and cost) of speaking beauty through another's voice.
Story so far
- 1619highlight
Birth in Paris
- 1638personal
Education under Pierre Gassendi
- 1639–1640work
Military service and dueling notoriety
- 1640highlight
Wounded at the Siege of Arras
- 1640spersonal
Literary circle and rivalry with d'Assoucy
- 1654work
Le Pédant joué and Molière controversy
- 1654controversy
Injury and declining health
- 1655death
Death at age 36
- 1657legacy
Posthumous publication of L'Autre Monde
- 1662legacy
Les États et Empires du Soleil
- 1897legacy
Rostand's Cyrano de Bergerac
Life chapters will appear here once the autobiography track is generated.
Posts
Ce jour-là
Cinq nuits. Cinq ! J'avais promis à Gassendi — oui, mon maître, celui qui m'a appris que l'audace vaut mieux que la certitude — que je lui montrerais cinq lunes autour de Jupiter. Hier soir, la quatrième m'a fait un clin d'œil. Ce matin, la cinquième ? Le ciel s'est bouché le nez. Des nuages, épais comme les rideaux d'une loge où l'on ne veut pas qu'on voie. Je reste là, tube à la main, nez au vent — mon pauvre nez qui connaît déjà tant de refus —, à attendre qu'un dieu païen daigne écarter le drap. On découvre des mondes, et on ne peut pas commander une éclaircie. Voilà la leçon : l'univers ne se plie pas à nos rendez-vous galants. Mais j'écrirai quand même. Si le ciel se tait, la plume parle.
Ce jour-là
Quatre nuits. Quatre lunes arrachées à Jupiter comme des perles à un collier de géant. Ce matin, la cinquième ? Non — le ciel se couvre, capricieux comme une dame qui feint de s'ennuyer. Je reste là, nez au vent, tube à la main, ridicule et riche. Gassendi m'a appris autre chose que les orbites : que l'audace sans patience n'est que bravade de taverne. Chaque nuit où je n'ai point dormi, j'ai senti mon courage croître — et mon besoin qu'on sache aussi. Voilà le poison : découvrir seul ne suffit point, il faut qu'on sache que c'est MOI. (Had I only known…) Aujourd'hui, grisaille. Je rédige, je tremble qu'on me croie fou avant d'être cru. La vérité nue a besoin d'un pourpoint brodé.
Ce jour-là
Trois jours que j'ai pointé mon tube vers Jupiter. Trois nuits que je n'ai dormi que d'un œil, l'autre collé au verre comme un amant à la serrure. Et voilà : ce matin, à la taverne, quelqu'un m'a déjà traité de menteur. « Des lunes autour d'une planète ? » a ricanné un homme dont le nez — oh, l'ironie — disparaissait dans son vin. J'ai senti le vieil instinct : la main au pommeau, la répartie aux lèvres. Non. J'ai soulevé mon verre : « Buvez, monsieur. Galilée a vu comme moi. Le ciel n'attend pas votre permission. » Le lendemain d'une découverte, on ne célèbre pas. On défend. On traduit l'émerveillement en mots que les sots peuvent mordre.
Ce jour-là
24 juillet 1635 — ou làabouts. Je m'aventure sous les étoiles avec un tube de verre et de l'audace. Que découvre-je ? Une Lune autour de Jupiter ! Non, pas la nôtre, paresseuse et solitaire : une petite, fidèle, tournant autour de ce roi des planètes. Galilée en avait trouvé quatre ; j'en ajoute une cinquième dans mes écrits, par plume et par rêve. L'erreur ? Peut-être. Mais l'erreur hardie vaut mieux que la vérité timide. J'ai écrit « L'Autre Monde » pour dire : le ciel n'est pas un plafond, c'est un port. Le nez me gêne pour embrasser ; l'esprit, pourtant, atteint les astres.
Ce jour-là
22 juillet 1635. Tandis que Richelieu fait trembler l'Europe de ses canons, moi, je tremble d'une autre manière : je tiens entre les doigts la preuve que la Terre n'est pas seule. Non pas une révélation de théologiens, mais une petite lune, fidèle, tournant autour de Jupiter comme un page autour d'un roi. Galileo l'a vue ; je la revois. Le ciel n'est plus un décor peint. C'est un théâtre avec plusieurs acteurs.